TEST : Game of Thrones (PC)

Rejoindre Westeros le temps d’une aventure inédite dont le scénario a été supervisé par George R.R. Martin ? Aucune hésitation possible, en route pour le test de Game of Thrones, un RPG à l’ancienne aux allures de roman interactif.

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Quoi ma gueule, qu’est ce qu’elle a ma gueule

Commençons directement par le gros point noir du jeu, la verrue sur un visage au demeurant plein de charme : les graphismes. Les textures sont parfois trop pauvres, les animations trop rigides, les environnements pas assez détaillés, le manque de moyens se fait sentir malgré toute la bonne volonté évidente dont Cyanide a fait preuve. Le rendu daté en fera fuir plus d’un c’est certain, mais il serait assez manichéen de s’en tenir à cette description digne d’une fiche technique d’Auto Plus.

Les graphismes de Game of Thrones sont à l’image de l’ensemble du jeu : imparfait mais secoué de quelques traits de génie qui font toute la différence. Les personnages du jeu ont de vraies « gueules » : borgnes, édentés, des visages qui portent les marques d’une vie qui ne pardonne rien. Le genre de visages que l’on a envie de croiser lorsque l’on s’apprête à acheter une boite de jeu frappée du logo Game of Thrones. Mention spéciale pour le design des armures : de pied en cape, nos deux héros Mors et Alester ont de l’allure.

Les designers de Cyanide ont bien fait leurs devoirs et nous donnent à voir un univers largement inspiré du moyen-âge,  tout aussi réaliste que l’est celui de la série. On aurait cependant aimé davantage de grandiloquence pour les villes, principalement pour King’s Landing qui s’apparente plus à une paisible bourgade qu’à la grande capitale qu’elle est censée être.

screenshot game of thrones

 

Des personnages inspirés

Dans un RPG, les graphismes sont inextricablement liés à une caractéristique bien plus pertinente : l’ambiance. Sur ce point Cyanide a vu juste. D’entrée, on sait que l’on s’apprête à vivre une aventure mature sur fond de conspirations, de trahisons et de conflits d’ambition.

Les deux héros ne sont pas des jeunes premiers, ils tendent plutôt à tirer vers la cinquantaine, ce qui n’est pas sans rajouter une bonne dose de crédibilité à leurs histoires respectives. Hormis le classique choix de classe et répartition de points dans l’arbre de talent, la création des personnages offre un panel assez impressionnant de traits de caractère que l’on peut attribuer à chacun des héros afin de leur offrir un background personnalisé.

Qualités et faiblesses doivent être réparties de façon à atteindre l’équilibre. Rien de révolutionnaire en soi, ce système a déjà été plus ou moins exploité dans les Fallout, mais il s’avère ici particulièrement pertinent car couplé à un système de dialogue original dans sa conception. En lieu et place des répliques à débiter, Cyanide nous propose un système introspectif : la roue des dialogues se mute ainsi en « roue de moralité ».

Notre héros du moment répliquera en fonction des questionnements des joueurs ou du caractère qu’ils souhaitent donner à leur héros. Le découpage du scénario en chapitre fait honneur à celui des romans ou de la série, on incarne tour à tour Mors « le boucher », un impitoyable Garde de Nuit, et Alester « le fils exilé » entré dans les ordres, davantage tourné vers la conciliation.

Les chapitres sont découpés de telle manière que l’on ressent le même genre de frustration qu’en visionnant la série : au moment crucial, où on va enfin toucher la vérité du doigt, le chapitre prend fin.

screenshot game of thrones

 

Game of Thrones : du roman au jeu vidéo

Le RPG Game of Thrones reprend de nombreux éléments et personnages issus de la série et des romans mais nous propose une histoire inédite qui prend place au moment où John Arryn meurt. Les joueurs qui ne connaissent pas l’univers du Trône de Fer auront tout le loisir de le découvrir en consultant le codex, enrichi au fil des découvertes de parchemins disséminés à différents endroits du jeu.

Les fans seront en terrain connu et apprécieront de ne pas se faire spoiler, tout en profitant d’un scénario digne de l’oeuvre originale. La narration est clairement le point fort de ce RPG qui tient parfois plus du roman interactif que du jeu vidéo à proprement parler. Les amateurs d’action n’apprécieront probablement pas l’omniprésence des dialogues et leur longueur, c’est ici une affaire de goût.

Qu’on se le dise, Game of Thrones tranche avec les A-RPG qui fleurissent à l’heure actuelle. On a bien à faire à un jeu de rôle dans la plus pure définition du terme. Les dialogues et les actes sont importants, leurs répercutions se font parfois sentir plusieurs chapitres plus loin mais surtout, l’histoire est prenante, bien écrite, bien doublée, agréablement accompagnée par une bande-son discrète mais efficace.

Autant savoir à quoi s’attendre avant d’envisager d’acheter ce jeu : Game of Thrones ne vous fait pas la promesse de combats dynamiques et outrancièrement spectaculaires. Non. Il vous promet une aventure, une histoire d’une vingtaine d’heures à découvrir, des conspirations à déjouer, des traîtres à débusquer et des entrevues à haut risque qui vous feront douter, et craindre les conséquences de vos actes.

La peur est plus tranchante qu’aucune épée.

screenshot du test game of thrones

 

Survivre au Jeu des Trônes

Game of Thrones propose un système de combat en semi tour-par-tour avec une pause tactique permettant de planifier 3 coups spéciaux à l’avance pour le héros, et ses partenaires : un système à la mode du temps de Baldur’s Gate mais nettement moins de nos jours. Pas foncièrement mauvais, ce gameplay a l’inconvénient d’être particulièrement mou malgré quelques jolies animations.

Presque automatisée, la jouabilité repose énormément sur l’utilisation de la pause tactique, sans laquelle vos chances de survie sont très faibles. Les fans de RPG old-school apprécieront, les autres auront sans doute un peu de mal à appréhender ce gameplay d’un autre âge. Chacun des héros dispose d’une capacité spéciale qui évite malgré tout de faire sombrer le joueur dans l’ennui.

Mors peut faire appel au flair de son chien pour explorer des recoins et déterrer des trésors, Alester peut invoquer le pouvoir de son dieu pour dévoiler des mécanismes et autres passages secrets. On appréciera la bonne calibration des trois niveaux de difficulté proposés : les débutants qui s’intéressent principalement au scénario pourront venir à bout des ennemis sans trop de mal, tandis que les gamers les plus stratèges feront face à un niveau de challenge assez relevé en mode difficile.

L’aspect tactique du gameplay sait se montrer assez riche dès lors que l’on prend goût à la contre-attaque et à la recherche de la performance optimale en enchaînant judicieusement les compétences spéciales des compagnons.

 

Game of Thrones : un RPG qui peut autant plaire que déplaire

Noter un RPG est toujours difficile. Quand il s’agit de Game of Thrones, l’exercice est encore plus périlleux. Les fans de l’univers auront tendance à pardonner plus facilement certains travers, les plus exigeants se focaliseront sur les défauts. Si le RPG de Cyanide n’a pas la magnificence du lupanar de Littlefinger, il peut se targuer d’exhiber le charme brut d’un bordel du Nord.

Mors et Alester, dans leurs caractères tout comme dans leurs ambitions, sont criants de vérité. Game of Thrones est un jeu à prendre et à apprécier pour ce qu’il est : une oeuvre narrative authentique, sans artifice, qui ne peut que combler un fan avide de découvrir les recoins cachés de Westeros et goûter encore aux répliques acides de Cersei, aux manigances de Varys, au pragmatisme bienveillant de Mormont.

Le game-system n’est pas mémorable, mais la narration nous offre une parenthèse scénaristique réellement captivante et bien amenée. Game of Thrones – le Trône de Fer est disponible sur PC, xbox 360 et Ps3 depuis le 7 juin 2012 : à recommander aux amateurs de jeu de rôle à l’ancienne (videoludiques ou pas).

 

Verdict : rating_stars_3

 

  • Narration soignée. Univers respecté. De bonnes idées
  • Graphismes datés. Système de combat trop mou. Très bavard.

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